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Toutes les présentations des églises ont été écrites pour le journal du Doyenné entre octobre 2001 et août 2005 par Monsieur Sylvain Deschamps

L’ÉGLISE SAINT SEBASTIEN de LA ROCHETTE

Façade de l'église de LA Rochette

Introduction


La scène se passe à l’intérieur de l’église. Le chroniqueur, assis sur la gauche, peu après les fonts baptismaux, écrit son article. De temps en temps, interviennent directement Saint Sébastien et l’église. On croit entendre, pour le Saint, la voix de Jean Debucourt qui prêtait la sienne à Jésus dans Don Camillo, et, pour l’église, celle de la grande Suzanne Flon dans l’Alouette de Jean Anouilh.
Le chroniqueur se lance...

Historique


Le chroniqueur : L’histoire de l’église commence en 1180 ; et il est bon de souligner que la date de construction d’une des plus belles églises du Doyenné est celle du sacre de Philippe Auguste, un des plus beaux rois de notre histoire, dans ce dernier tiers du merveilleux 12ème siècle, quand l’Angoumois se couvrait du blanc manteau des églises romanes.
L’église : C’est beaucoup d’honneur pour moi, pauvrette...
Le chroniqueur : Toutefois, comme pour beaucoup d’églises de cette époque, on ne sait pas très bien ce qui décida de leur construction (peut être ici une certaine jalousie de Coulgens) ni ce qui entraîna leur parrainage . On peut penser ici à une certaine prémonition contre la Peste qui frappa durement La Rochette au 17ème siècle, freinée toutefois par la dévotion à Saint Sébastien, l’antipesteux. Parlons donc maintenant de Saint Sébastien ! Petite église, très grand Saint ! Pour une fois, les repères sont (assez) simples. Né à Narbonne, entré à Milan dans l’armée romaine, capitaine de la Garde Prétorienne de Dioclétien et jouissant de la faveur de l’empereur, il pouvait profiter d’une existence dorée. Las... Prodigue de son dévouement, il travaille à la conversion des païens et le pape Caïus le nomme « Défenseur de l’Église ». Renseigné, et vexé, Dioclétien le livre à ses archers pour qu’ils le percent de flèches. Laissé pour mort, Sébastien est recueilli par Irène qui le soigne et le ramène à la santé. Las... de nouveau ! Guéri, Sébastien retourne voir Dioclétien pour lui reprocher de persécuter les chrétiens ! Furieux, l’Empereur le fait tuer à coups de bâton et ordonne que son corps soit jeté dans les égouts. Une dame chrétienne, nommée Lucine (cherchez la femme !) recueillit son cadavre et l’ensevelit au lieu dit Ad Catacumbas, où se dresse aujourd’hui la basilique Saint Sébastien.

Statue de saint Sébastien

Depuis, l’iconographie de Saint Sébastien est extrêmement abondante. Sa « Passion » aux nombreux épisodes a permis de renouer avec la tradition du beau nu antique qui fut retenue par peintres et sculpteurs du 15ème au 18ème siècle et l’a présenté comme l’emblème d’une sensualité qui parfois confond Polyeucte et Adonis.
L’église : oui, ce sont des tableaux très chouettes !...
Saint Sébastien : Permettez moi d’intervenir ! Je suis certes très heureux d’apparaître, au service de l’Église, comme une plaisante représentation corporelle... Je suis certes très honoré d’avoir inspiré, entre autres, Memling, Mantegna, Carrache, Perrugin, Le Titien, etc.. et de présenter ainsi une plaisante vitrine de la vie des Saints ! Je comprends enfin que l’Église ait besoin, parfois, d’un communicateur présentant bien... Mais. Mais... Pour moi, je suis surtout fier d’avoir affronté Dioclétien par deux fois, et d’avoir essayé d’être efficace comme Saint antipesteux, avec mes amis Saint Roch, Antoine, Adrien et Christophe ! Et c’est cela dont je veux qu’on se rappelle...
Le chroniqueur : Dont acte !
Pour en terminer avec l’histoire de l’église, disons qu’avec sa modeste importance (ni chemin de Saint Jacques, ni Templiers, ni Pèlerinage) elle a plus souffert de l’outrage des ans que des outrages des hommes. Ce qui nous conduit, après son classement aux Monuments Historiques en 1932, à la dernière restauration de ces dernières années : restauration de la toiture avec les lauzes copies des lauzes d’origine (ce qui est rare dans nos régions de tuiles) et restauration intérieure (fonts baptismaux, retable, Christ, ouverture au nord, etc.. ) qui lui donne aujourd’hui cet aspect propret-coquet.
Remercions ici la Municipalité qui, comme pratiquement toutes celles du Doyenné, sait entretenir, rénover et mettre en valeur ses monuments religieux dans une grande communion... de pensée !...
L’église : Oui, et vivement Août 2003 pour retrouver, entre le château et votre servante, le festival de Musiques mécaniques dont les flonflons des limonaires et orgues de barbarie me rappellent les grandes fêtes du Moyen Âge, sur le parvis des cathédrales...
Le Chroniqueur : Revenons au présent...

Approche et Situation


Que vous « fassiez » La Rochefoucauld-Mansle-La Rochefoucauld par la route du Nord, la D6 via Saint Angeau, ou par la route de la Duchesse au Sud, la D40 via Coulgens, l’église en lauzes du 12ème siècle est indiquée. A votre arrivée, tout est propre, dégagé pour un tour de l’église sans problème. Une courte promenade vous conduit au château, charmant logis fin 16ème, à une portée de flèches... N’oubliez pas que Sébastien (qui n’est vraiment pas rancunier) et dont la fête tombe le 20 Janvier, est le patron des archers.

Intérieur de l'église de LA Rochette

Extérieur - Intérieur - Ensemble


Avant toute chose, sachez que dans le grand livre des Églises Romanes du diocèse d’Angoulême qui nous sert de référence, et parmi la quarantaine d’églises du Doyenné, l’église de La Rochette est, et de très loin, la plus souvent citée, illustrations et articles réunis, et dans tous les domaines !...
L’église : Mazette !
Le Chroniqueur : Reprenons...
- Extérieur : Église au plan très simple, une nef unique, un faux carré du transept et une abside semi circulaire. Une façade avec un portail central à 3 voussures nues et 2 arcades latérales et un clocher surmontant le faux carré du transept et percé de 5 ouvertures.
- Intérieur : Très simple également : une nef couverte d’un berceau brisé, divisée en trois travées et trois baies percées au Nord et au Sud. Nous sommes dans un ensemble très bien proportionné, très harmonieux, très clair en l’absence quasi totale de vitraux. On en appréciera encore mieux l’élévation en descendant les deux marches qui conduisent aux fonts baptismaux. On trouvera les naïves statues de la Vierge et de Saint Sébastien et sur un autel de belles pierres de taille un superbe retable baroque, pratiquement complet avec sa colombe tête en bas, l’Esprit Saint qui descend vers le Christ... Retable peint en gris, gris bleu, bleu gris... et surtout doré. Doré, c’est le mot qui revient. Cette église est dorée, avec cette unité de couleur, supportée par le revêtement des murs (secret de la composition bien gardé !) qui donne à cette restauration très simple une ambiance presque ouatée. Pas une tache de couleur superflue, pas de mobilier agressif, et cette luminosité dorée, forcément dorée ! ...
- L’ensemble : Ce qui domine, c’est justement l’ensemble décoratif de modillons, mascarons et autres chapiteaux, merveilleuse décoration de pierre du Moyen Âge (ne pas oublier les jumelles).
On peut l’admirer de deux façons :
- à la païenne : « Nous nous abstiendrons de donner ici les interprétations des différents spécialistes, certains disant le contraire des autres et d’autres y voyant des symboles complètement différents. Prenez votre temps, imaginez ce que vous voulez... Les types et les symboles rappellent l’époque où le hiératisme chrétien tombait dans la bizarrerie du mysticisme en associant à ses doctrines des sujets légendaires où pouvaient figurer des scènes jugées immorales ou des gestes érotiques » (1)
- à la chrétienne : En réalisant pleinement qu’en dehors de la beauté inhérente à cette décoration, elle est comme un grand livre d’images aux pages multiples qui vous enseignent le Beau, le Laid, le Bien, le Mal, la Vie d’Avant, la Vie d’Après, la Vie tout court, tout ce qu’il fallait pour apprendre aux enfants à devenir des Hommes (le citoyen viendra plus tard...)
Et c’est en partant de cette approche qu’il faut souligner particulièrement et admirer sans modération une dizaine de bijoux que j’appellerai :

« MES DIX COMMANDEMENTS »



1. Le premier cavalier, à gauche en regardant la porte d’entrée : L’empereur Constantin, libérateur de la chrétienté, écrase un vilain difforme avec sa bourse, symbole de l’avarice, du vice.
2. Le deuxième cavalier, à droite : un animal fantastique à corps de cheval et tête de dragon ou de lion, arrêté par Saint Pierre ?
3. Les rinceaux sur la façade de chaque côté de l’entrée.
4. L’Avarice, un modillon extérieur, soit une femme à mi corps.
5. Le chapiteau de l’œuvre de chair, à l’intérieur, au dessus de la statue de la Vierge !
6. Le chapiteau à palmes, 3ème pilier à gauche dans la nef.
7. Le modillon de la luxure, à l’extérieur Nord, un vilain bonhomme exhibant ses génitoires.
8. A l’intérieur la piscine pour le lavement des mains, avec une partie supérieure en plein cintre, pratiquée dans l’évidement du mur, au sud de l’abside.
9. Juste à côté, les armoires qui renfermaient les Saintes huiles.
10. Et enfin, mon chouchou, mon lion unique (superbe et généreux) au chapiteau nord du faux carré : un lion à la tête énorme, une tête de femme suspendue à sa queue et une autre, en haut et sur le milieu de sa face, dévorant l’une de ses pattes... Le lion n’est pas mort ce soir...
Et voilà, tout le reste est beauté, extrapolation, rêverie littéraire, humeur vagabonde...

Conclusion
Il y avait bien, en prime, un onzième commandement, concernant notre Doyenné ! Nous sommes en « Tardoire et Bandiat » et jamais nos deux rivières n’ont été aussi proches. Officiellement, le Bandiat se perd après Bunzac, et la Tardoire va se jeter dans la Bonnieure. Ouais !... Mais, nous, les rêveurs poètes nous savons que c’est ici que commencent leurs amours souterraines... Bien sûr, comme Rouletabille, nous ne les suivrons pas dans leurs « étranges noces » ... (2) Et, à l’abri de La Rochette, le Bandiat de grand chemin a rejoint sa princesse, la fière Tardoire, et nous les retrouverons après un parcours de « karsting » sous la forêt de La Braconne, dans le Bouillant et le Dormant des Sources de la Touvre, où Ravaillac trempa son poignard régicide... Mais ceci est une autre histoire... C’est le dernier commandement de La Rochette : Ouvrez votre coeur, et votre esprit, à toutes les imaginations !...
L’église : Je suis bien contente. Je vais peut être voir un peu plus de monde...
Saint Sébastien : Rien à ajouter. Ma publicité est faite. Vos lecteurs viendront me rencontrer ; et moi, je peux me permettre ce mauvais jeu de mots : Ils trouveront facilement. C’est... fléché ! !

Sylvain Deschamps

(1) Extrait de « SORTIR », mensuel gratuit à récupérer dans de nombreux magasins, fort bien fait, dont l’essentiel du contenu est aux antipodes de la religion mais qui publie régulièrement un supplément « idée de ballade » très joliment troussé et concernant souvent notre doyenné. Merci à eux.
(2) De Gaston Leroux : Les étranges noces de Rouletabille.
(Insérer dans le texte trois photos : « La Rochette » - « Sébastien » - « Chapiteau » .)


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